Vers une égalité homme-femme ? Rien n’est moins sûr !

 
A l’occasion de la Journée internationale des Droits de la Femme, les Femmes CSC souhaitent dénoncer les impacts importants des mesures gouvernementales sur les femmes. 
L’écart salarial entre les hommes et les femmes est encore aujourd’hui de 21% sur base annuelle et de 8% sur base horaire. Et nous le savons, les périodes de crise et les politiques d’austérité ont une forte tendance à faire régresser la place des femmes !
Le gouvernement Michel s’est engagé à « intégrer la dimension de genre dans chaque domaine politique afin d’éliminer les inégalités existantes et d’éviter de créer ou de renforcer des inégalités entre les femmes et les hommes dans la politique publique».
Dans ce paragraphe de la Déclaration de Politique gouvernementale, nous pouvons lire :
« Une des pierres angulaires du gouvernement sera la meilleure prise en compte du genre dans l’emploi : par une attention particulière en matière d’écart salarial, de conciliation vie privée et professionnelle, de lutte contre le plafond de verre et plus globalement sur la ségrégation tant verticale qu’horizontale du marché de l’emploi etc. ».

Que faut-il en penser ? Serait-ce de bonnes intentions ? Rien n’est moins sûr ! En tout cas de beaux propos, mais notre gouvernement sait-il de quoi il parle?
Il est clair que nous constatons qu’il agit totalement a contrario des principes ou perspectives égalitaires qu’il énonce.  
Lorsque nous analysons les mesures gouvernementales sous l’angle du genre, nous pouvons constater qu’aucun domaine n’est épargné.
Chômage, temps de travail, flexibilité, pension, … Quels impacts sur les femmes ?

Allocations d’insertion : 2/3 des femmes touchées par les mesures 

Depuis le 1er janvier 2015, 2/3 de femmes sont concernées par la limitation dans le temps et les exclusions massives des allocations d’insertion.

S’il est vrai que la limitation de l’accès et de l’âge ont des effets tant sur les garçons que sur les filles, ces effets sont différenciés. L’impacts sur les filles est le risque de non-ouverture de droit car, évidemment, il y a un risque de retour au schéma familial traditionnel de la femme à charge qui entraînera inévitablement une situation de dépendance vis-à-vis de son mari/conjoint/famille au sens large. 
Par ailleurs, les femmes sont lourdement concernées par la dégressivité des allocations de chômage qui entraîne une précarisation des demandeuses d’emploi et, surtout, engendre de lourdes conséquences sur les familles monoparentales. Sans oublier que cette mesure entraîne également un impact sur les enfants qui se retrouvent dans des situations de plus en plus précaires.
Encore en matière de chômage, 79% des bénéficiaires d’une AGR (Allocation Garantie de Revenu) sont des femmes. Or, suite à une réforme décidée par le gouvernement, depuis le 1/1/2015 le montant de l'allocation est réduit, ce qui a un impact très négatif sur les revenus des travailleuses. Une deuxième phase de réforme est prévue à partir du 1er janvier 2018, ce qui réduira l’AGR de 50%.
Les secteurs qui utilisent largement des temps partiels sont des secteurs dans lesquels les salaires sont bas, les conditions de travail flexibles,... Les possibilités d’atteindre le temps plein inexistantes. De nombreuses travailleuses à temps partiel sont déjà des travailleuses pauvres… Diminuer l’AGR renforcera significativement cette situation qui aura, inévitablement, des impacts sur les enfants et sur le ménage dans certains cas.
Pour en revenir aux temps partiels, le Gouvernement souhaite simplifier cette notion en supprimant la mention de tous les régimes et horaires de travail dans le règlement de travail… La sécurité de l’horaire de travail est donc supprimée. Il y aura une augmentation de la flexibilité aux dépens des travailleuses, augmentation de la pression, du stress, encore moins de possibilités de cumuler deux emplois à temps partiel. 
Le « projet » de réduire le délai d’avertissement de l’horaire de 5 jours à 1 jour a été abandonné, mais les employeurs dans une série de cas sont hors la loi en la matière… Nous savons pertinemment que bien des travailleuses doivent être disponibles pour remplacer un collègue malade au pied levé par exemple ou rester plus longtemps en raison de la surcharge de travail… 

La flexibilité débridée = source de précarité pour les femmes

A côté de cela, le gouvernement souhaite augmenter la flexibilité des contrats, des horaires, et du temps de travail. Il invoque une meilleure organisation du travail pour les employeurs et une meilleure conciliation de la vie professionnelle et privée pour les travailleurs et les travailleuses.
Cette flexibilité débridée, organisée sert strictement les employeurs et est une réelle source de précarité pour les femmes qui travaillent majoritairement dans des secteurs où les contrats sont précaires et les horaires de travail déjà assez flexibles de la sorte . Il s’agit là d’une mesure d’exclusion particulièrement pénalisante pour les femmes.
Le Gouvernement parle également des heures supplémentaires volontaires mais quelles sont les possibilités pour les femmes quand on considère leur double journée de travail ? Il parle également du télétravail qui n’est accessible qu’à une catégorie spécifique de travailleuses. Il ne s’agit pas d’une mesure positive pour les femmes, qui assument encore majoritairement les tâches familiales et domestiques et qui vont les gérer tout en travaillant pour leur employeur !
Si nous nous arrêtons sur la disponibilité et la notion d’emploi convenable, dont la distance passe de 60 km à 90 km entre le domicile et le lieu de travail et la durée de déplacement pouvant être supérieure à 4h, nous ne pouvons que regretter cette mesure qui défavorise fortement les femmes puisque nous savons qu’elles disposent moins d’un véhicule que les hommes, qu’elles sont dès lors plus utilisatrices des transports en commun et qu’il n’y a pas de développement d’un véritable plan de mobilité cohérent. 
La réforme des pensions pose également trois questions préoccupantes: 
  • l’allongement de l’âge d’accès légal de la pension quand on sait que les femmes travaillent souvent dans des secteurs où les conditions de travail sont pénibles, 
  • la reconnaissance justement de la pénibilité du travail des femmes  
  • la limitation des périodes assimilées. 

A côté de toutes ces mesures, nous pouvons également citer la diminution de la durée d’hospitalisation suite à un accouchement qui entraîne un risque de surcharge de travail familial précoce pour la mère sans aucune prise en considération des différentes conditions socio-économiques et culturelles des mères, … ou, encore, le démantèlement des services publics, qui a un impact lourd sur les femmes. Parce que c’est largement prouvé, partout dans le monde, que lorsque les services publics (et équipements et services collectifs) régressent dans une société, la place des femmes régresse également ! 
Nous pouvons constater que les mesures gouvernementales ont différents impacts sur les femmes et donc inévitablement sur les générations à venir. Les mesures renforcent la précarité des travailleuses qui sont déjà dans des conditions précaires.
Nous devons continuer de dénoncer, revendiquer et agir pour le changement ! 
L’égalité n’est pas atteinte, il ne faut pas baisser les bras ! Rejoignez-nous !

Femmes, travail et société : quelques données chiffrées…

  • Écart salarial entre hommes et femmes : 
    • 21% sur base annuelle et de 8% sur base horaire
  • Ecart de pension entre hommes et femmes : 31%

  • Pension = composée pour les femmes à 37,5 % de périodes assimilées  pour hommes = 30,56 %

  • 81% des travailleurs à temps partiel sont des femmes 
  • 79% des bénéficiaires d’une AGR sont des femmes 

  • 24 % des familles sont monoparentales et 83 % de ces familles ont à leur tête une femme

  • Près de 75% des congés parentaux sont pris par des femmes