Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le 26 février 2014, un accord global faisant suite à la restructuration annoncée en octobre 2011, était signé. Cet accord comportait 3 volets : le social, l’industriel et le démantèlement des sites fermés. Trois ans plus tard, où en est-on ?  Le point avec Jordan Atanasov, Secrétaire permanent CSC METEA.

Le plan social a-t-il été respecté ? 
JA : Oui, il a été entièrement mis en œuvre. Il reste quelques travailleurs en fonction  qui, à terme, devront  quitter l’entreprise, mais cela faisait partie de l’accord.

Et le plan industriel ? A-t-il été réalisé ? 

A quasi 90%. Pour mémoire, ce plan prévoyait à l’horizon 2019 des investissements à concurrence de 136 millions d’euros sur les 5 lignes dites stratégiques. A Sclessin,  le fer-blanc a été doté d’un nouveau recuit continu et on a procédé à une remise à neuf des installations électriques. A  Ramet, la combi-line (anciennement appelée Galva 7) a été pourvue d’une cellule de peinture, ce qui en fait une ligne mixte pouvant à la fois peindre et galvaniser.  A Kessales, le nouveau procédé JVD a été mis en route (voir notre hors-texte). En outre, sur toutes les lignes, on a installé ce qu’on appelle des «SIAS », ce sont des appareils de contrôle de qualité des produits : ils mesurent à la fois la planéité de la tôle et l’épaisseur du revêtement.  Par contre, l’investissement prévu sur la HP5 de Marchin, une ligne d’électro-zingué qui produit essentiellement de l’acier à destination de l’automobile et dans une moindre mesure pour l’industrie, n’a pas été réalisé. La CSC s’en inquiète car l’expérience a démontré que toute évolution technologique soutient fortement la pérennité et la rentabilité des lignes de production.  A plusieurs reprises, nous avons interpellé la direction à ce sujet. Invariablement, elle nous a garanti la viabilité du site de Marchin. Elle l’a même inscrit dans son nouveau plan industriel. »
 

Quelles sont les grandes lignes de ce nouveau plan industriel  2020-2025? 

Celui-ci entérine la création d’une entité sidérurgique belge dans laquelle sont confirmées les cinq lignes stratégiques du froid de Liège plus la Galva 5 de Flémalle, et groupées au site gantois de Sidmar pour former un ensemble cohérent et complémentaire. L’intégration de la Galva 5 dans le périmètre du froid de Liège consolide l’activité de la ligne ! Ce nouvel ensemble devrait permettre d’ancrer davantage les sites liégeois dans le groupe ArcelorMittal et pérenniser ainsi l’emploi dans le bassin mosan.  Ce plan stratégique prévoit une enveloppe de 329 millions d'euros pour développer la maintenance préventive des outils du pôle Liège-Gand ainsi que 133 millions d’investissements. » 
Mais que sont devenus les 10 millions d’investissement initialement prévus pour Marchin ?
Ils ont été injectés dans une ligne de réparation, la Somenors, à Kessales. Cette ligne permet de revaloriser ce qui, au départ, était considéré comme un rebut.

Où en est le démantèlement des sites fermés ?

Le processus vient de démarrer : le haut-fourneau 6 a été dynamité le 16 décembre. La centrale-énergie, à l’arrière de feu le HF6, ainsi que la cokerie devraient suivre. Ensuite viendra une phase d’assainissement et enfin la réaffectation. Certains sites seront à vocation économique, d’autres pas… En ce qui concerne le haut-fourneau B et les installations de Chertal, à savoir l’aciérie, la coulée continue et le train à large bande, il a été convenu dans l’accord qu’ils restent sous cocon jusque fin 2019.  Au-delà, plusieurs voix dont celles des organisations syndicales plaident pour la préservation du corps du HFB comme un témoin du passé sidérurgique liégeois.

Courage et professionnalisme des travailleurs

« Le courage et le professionnalisme des travailleurs doit être reconnu par ArcelorMittal ! »

Suite à la fermeture du chaud et à la restructuration du froid décidées par ArcelorMittal,  de très nombreux travailleurs ont été forcés de quitter l’entreprise: les uns sont partis en RCC,  les autres ont été intégrés dans des structures telles qu’UDIL ou ARJEMO et certains ont été licenciés. 
 
Quant aux quelque 1180 travailleurs maintenus, ils se sont retrouvés face à un défi : surmonter la perte de confiance consécutive à toute restructuration vécue.  «Grâce à une bonne dose de courage et à un grand professionnalisme, ils ont surmonté l’épreuve pour maintenir les lignes restantes en activité et les faire fonctionner au mieux. Nous sommes persuadés que cette attitude doit être reconnue par AcelorMittal. Le groupe a, en effet, le devoir de garantir les emplois de demain », estime Jordan Atanasov. 

L’acier du futur est liégeois !

Parmi les investissements du plan industriel signé en 2014 figurait la mise en production d’une technologie inédite : le JVD (Jet Vapor Deposition). Chose faite. L’inauguration de cette nouvelle ligne, construite sur le site de Kessales à Jemeppe pour un montant de 63 millions, s’est déroulée le 3 février en présence du roi Philippe. 

Procédé de revêtement au zinc de l’acier sous vide, le JVD est une première mondiale. Il consiste à revêtir une bande d’acier à grande vitesse et ce grâce à la projection de vapeur de zinc sur la bande d’acier en mouvement.  Le JVD est le fruit de longues années de recherches menées à Liège, terre d’innovation et de savoir-faire sidérurgiques! Tant la galvanisation exploitée à Ramet que l’électro-zingué développé à Marchin, deux autres techniques de revêtement de l’acier, sont aussi des inventions liégeoises et toutes deux ont fait leurs preuves. 
«Le JVD simplifie la fabrication du produit, lui confère de nouvelles qualités et fait baisser la consommation d’eau et d’énergie, des atouts qui devraient intéressés les clients, mais ceux-ci sont potentiellement les mêmes que ceux d’autres lignes. Il est donc important que de nouvelles applications du produit  se développent de manière à diversifier la clientèle, augmenter la demande et développer l’emploi liégeois. On pourrait imaginer que l’on projette autre chose que du zinc sur la tôle et dès lors toucher d’autres marchés», indique Jordan Atanasov.
Précisons que l’accord prévoit que le JVD sera prioritaire pour l’approvisionnement du marché européen.