« Il faut sauver le secteur de la construction »



« Il faut sauver le secteur de la construction »

Plus de 200 travailleurs liégeois du « Bâtiment » sont descendus ce 26 mai sur les chantiers liégeois pour tirer la sonnette d’alarme : si des soins ne lui sont pas prodigués d’urgence, le secteur va mourir ! D’une seule voix, CSC bâtiment-industrie & énergie et la centrale générale de la FGTB ont dénoncé le dumping social et la concurrence déloyale qui gangrènent le secteur. Entre 2011 et 2014, quelque 17.000 emplois sont ainsi passés à la trappe en Belgique, dont 1450 en province de Liège. 
Parallèlement, le nombre de faillites dans le secteur a, lui aussi, explosé. Entre 2005 et 2014, elles ont presque doublé ; passant de 1.044 à 2.030 !  Et la province de Liège n’est pas épargnée : 135 faillites avaient été déclarées en 2005, pour 193 en 2014, soit une hausse de 42,96 %. 

Remplacés par des travailleurs détachés

Il ne faut pas s’y méprendre, le volume d’activité n’a pas chuté.  Il a même légèrement progressé: + 4% depuis 2012. Il y a donc un contraste énorme entre l’augmentation du volume d’activité et la baisse spectaculaire du nombre de travailleurs et d’employeurs. C’est que les postes de travail n’ont pas disparu… Ils ont tout simplement changé de  mains.  La perte d’emplois « nationaux » est compensée par une augmentation de la main d’œuvre venant des différents pays européens, surtout de l’Est.   En Belgique,  le nombre de travailleurs détachés a connu, ces dernières années, une croissance exponentielle. De 24.000 salariés détachés en 2007, ils étaient plus de 110.000 déclarés rien qu’en 2014. En équivalents temps plein, cela correspond à près de 33.000 travailleurs salariés étrangers sur les chantiers belges en 2014.  Au total, entre 2007 et 2014, plus de 250.000 salariés étrangers ont presté des services temporaires dans le secteur de la construction ; des chiffres qui ne tiennent pas comptent des (faux) indépendants, des clandestins et autres travailleurs au noir… 
Bref,  ces données démontrent clairement que les travailleurs du bâtiment locaux sont bel et bien remplacés par des travailleurs issus d'autres pays de l'UE.

Chômage économique

On remarque, outre l’explosion des pertes d’emploi, un recours plus important au chômage économique !   Autant de situations qui ne font que renforcer le malaise des travailleurs locaux.  Car, non seulement, ils vivent dans la crainte de perdre leur job,  mais en plus, un certain nombre d’entre eux sont étranglés financièrement en raison d’une mise en chômage économique à répétition pendant que des travailleurs détachés œuvrent sur « leurs » chantiers, essentiellement en provenance de pays où la protection sociale est moins élevée et donc les charges patronales minimes. 
Le jeu scandaleux des sociétés momentanées qui remettent prix à des taux en-dessous du coût de la main d’œuvre locale est en partie responsable de la dégradation de la situation. Mais, en définitive, ce sont nos pouvoirs publics eux-mêmes qui favorisent ce système en utilisant des mécanismes d’adjudication qui ne tiennent compte que du prix plutôt que de critères de sécurité, de respect des conventions sectorielles, de l’environnement, de bien-être au travail…

Mesures urgentes

Si une harmonisation de la législation sociale en Europe est indispensable pour éviter non seulement une guerre des prix qui finira par mettre à genoux tout le secteur de la construction mais aussi pour enrayer l’exploitation des travailleurs, plusieurs mesures doivent aussi être prises en Belgique et prioritairement : 
  • Renforcer les contrôles et donc le nombre de contrôleurs 
  • Faire une priorité de la lutte contre les faux indépendants et les entreprises « boîtes aux lettres »
  • Limiter le nombre de sous-traitants
  • Renforcer la responsabilité du maître d’œuvre sur toute la chaîne de sous-traitants en matière de salaires, y compris pour les paiements passés et, en cas de non-respect, appliquer une sanction immédiate plutôt que de laisser 14 jours de régularisation 
  • Rendre obligatoire l’enregistrement électronique des présences sur tous les chantiers, et pas uniquement pour les chantiers supérieurs à 800.000 euros
  • Revoir la loi sur les marchés publics de manière à ne pas faire du prix le plus bas le critère principal de choix
  • Percevoir les cotisations sociales des travailleurs détachés dans le pays de travail