Modèles économiques : vers une transition juste et durable

La révolution numérique transforme profondément nos modes de consommation, de production, de distribution… tout en faisant émerger de nouveaux modèles économiques. La CSC Liège Huy Waremme, avec l’appui du Réseau intersyndical de sensibilisation à l’environnement (Rise), a proposé à ses délégués des formations destinées à mieux comprendre ces changements. Objectif ? Définir des pistes d’action et s’outiller de manière à contribuer à une transition juste et durable. Lors de ces formations, il est apparu que les bouleversements en cours ne sont pas sans conséquences sur l’emploi, l’organisation du travail, la concertation sociale… mais aussi l’environnement. Autant d’éléments qui confirment la nécessité de tout mettre en œuvre pour que la transition, tant d’un point de vue social qu’environnemental, soit juste et durable, c’est-à-dire dans l’intérêt des travailleurs et du bien commun. Les syndicats ont assurément un rôle à jouer. « Plus que jamais, nous entendons incarner une force de proposition», situe Sophie Reginster, permanente interprofessionnelle en charge des questions économiques et environnementales à la CSC liégeoise.
Economie collaborative : un modèle multiforme
Pour se positionner face aux nouvelles formes d’économie, encore faut-il les comprendre. Lors des formations RISE, divers experts sont venus présenter l’un de ces nouveaux modèles issus de la digitalisation : l’économie collaborative ou l’économie dite du partage. En gros, l’on peut dire que ce modèle repose sur la connexion de trois éléments : une mutualisation des biens, services ou infrastructures, une communauté d’utilisateurs et un support numérique. Le principe ? Grâce à des plateformes internet, des réseaux de citoyens / consommateurs / entrepreneurs se créent pour combler une utilisation des ressources non optimale.  Les acteurs réunis sous le vocable  « économie collaborative » sont très diversifiés : de Wikipedia à Uber en passant par les Fab Lab, les Repair Cafés, le Crowdfunding, Deliveroo, Airbnb, Bringr, etc.
Réutilisation et mise en commun de ressources
Ce qui différencie tous ces acteurs ? L’objectif poursuivi. «Prenons l’exemple de la mobilité: certaines entreprises, comme Uber, ont des finalités capitalistes, alors que d’autres, comme des asbl de covoiturage, n’ont pas cet objectif de profit. Il faut donc aligner différents critères pour voir quelle est la volonté de ces entreprises et quels sont les objectifs poursuivis. S’agit-il de critères marchands ou non-marchands ? Monnaie-t-on ou non un service ? Bref, nous devons évaluer l’économie collaborative sur base de critères définis en fonction des objectifs visés», a expliqué l’un des experts, Nabil Sheikh Hassan, Permanent au service d’étude de la CNE.
Et Gilles Vanden Burre, Député fédéral Ecolo, autre intervenant, de préciser : « L’économie collaborative est un nouveau modèle économique tout à fait innovant : s’il est bien encadré, il va révolutionner positivement nos modes de vie et de consommation. Basé sur le partage, ce système privilégie l’utilisation durable des biens plutôt que leur propriété. Il favorise le réemploi, la réutilisation, la réparation, la mise en commun de ressources notamment dans le domaine énergétique… Enfin il redistribue les profits au sein de la communauté d’utilisateurs/ consommateurs et il crée du lien social... Cette nouvelle forme d’économie, pour peu qu’elle soit intelligemment accompagnée par les pouvoirs publics, devrait nous mener vers une consommation plus raisonnée, vers une utilisation plus durable de nos ressources et vers une gestion plus collective d’un ensemble de biens et services… Bref, vers une augmentation de la qualité de notre vie et de notre environnement.» 
Attention aux dérives des plateformes capitalistiques
Mais gare aux dérives… «Sous le couvert de la collaboration et de l’entraide, c’est aussi une nouvelle manière d’asservir des travailleurs qui est apparue, » fait remarquer Bruno Frère, chercheur qualifié FNRS en sociologie à l’ULG. «L’économie de plateformes capitalistiques, c’est l’aboutissement le plus dérégulé du capitalisme contemporain.» 
Les travailleurs desdites plateformes, qui n’en sont pas les salariés, ne bénéficient pas de protection en cas de maladie, d’accident, de perte d’emploi… et disposent de peu de recours en cas de problème vu l’absence d’un cadre légal clair. Leurs rémunérations sont d’autant plus faibles et variables et les conditions de travail précaires que la concurrence entre travailleurs est effrénée. En outre, se pose la question du financement de la sécurité sociale, le manque de clarté quant au règlement des litiges, la dualité entre un marché du travail régulé et un qui ne l’est pas… 
Pour les militants qui ont assisté à ces formations, une première conclusion s’impose : «Il faut redéfinir le concept de développement durable et pousser les projets de l’économie collaborative à aller dans ce sens. Nous souhaitons soutenir la « vraie » économie collaborative, celle qui renforce les liens entre les individus, permet une gestion durable des ressources, un échange de biens ou de services non lucratif. Nous encourageons les pouvoirs publics à encadrer ces nouvelles formes d’économie et à réglementer les dérives des plateformes capitalistiques». 

Nos recommandations

Des règles et de la sensibilisation

Pour parer les dérives des plateformes capitalistiques et favoriser une économie de partage  juste et durable, il est essentiel de poser des balises ! C’est l’une des recommandations émises par les militants qui ont suivi les formations RISE sur la transition juste et durable.
D’une part, il s’agit de légiférer pour protéger les travailleurs en proposant un statut, en imposant aux plateformes d’établir des contrats de travail en bonne et due forme, en veillant à ce que l’économie collaborative contribue aux fonctions collectives de la société et donc au financement de la sécurité sociale, en encadrant les risques assumés par les travailleurs, les plateformes et les utilisateurs. 
D’autre part, il s’agit de protéger les secteurs existants de la concurrence déloyale faite par les plateformes en soumettant les entreprises de l’économie collaborative aux mêmes normes que les autres acteurs sectoriels, notamment en matière d’hygiène, de taxes, de licence d’exploitation, etc. Il faut bien sûr veiller à ce que l’économie collaborative ne détricote la législation sur le travail. 
«Notre rôle en qualité de syndicaliste est aussi de conscientiser l’ensemble de la société quant aux risques et conséquences de certains choix et modes de consommation, situe Sophie Reginster, permanente en charge des questions économiques et environnementales à la CSC liégeoise.  Nous devons mettre en exergue les initiatives citoyennes respectueuses de l’environnement, montrer l’impact positif de la « vraie » économie collaborative sur l’environnement à travers des exemples de covoiturage, d’espaces de co-working, de système de voitures partagées, d’utilisation collective et optimale de certains biens et ressources, etc. Nous devons aussi encourager les circuits courts, l’économie circulaire, les investissements publics dans le local. » 

L'économie sociale

Economie sociale et coopératives de travailleurs

Dans le contexte actuel de crise et de mutation, l’économie sociale constitue un exemple de transition plus juste et plus durable. C’est ce qui ressort des interventions d’Aurélie Soetens, doctorante en économie sociale à l’Ulg, et Sébastien Cassart, chargé de mission pour Syneco, centre d'expertise en économie sociale et solidaire, lors des formations RISE données à la CSC Liège.
 
Les entreprises d’économie sociale, productrices de biens ou de services, sont basées sur un fonctionnement plus éthique que les entreprises traditionnelles. Elles se distinguent par quatre grands principes :
1) une finalité de service à la collectivité ou aux membres, plutôt qu’une finalité de profit,
2) une autonomie de gestion,
3) un processus de décision démocratique,
4) la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus.
Les acteurs de l’économie sociale sont principalement des associations, des mutuelles, des fondations, des sociétés à finalité sociale ou des coopératives qui œuvrent souvent dans les secteurs liés à l’environnement. Parmi ces coopératives, certaines peuvent être la propriété des travailleurs. Soit, ils l’ont créée de toute pièce. Soit, ils ont repris l’entreprise dans laquelle ils étaient salariés parce qu’elle allait fermer et qu’ils risquaient de se retrouver au chômage! Encore rares, ces coopératives de travailleurs pourraient se développer à l’avenir. 
Pour mieux cerner le fonctionnement de l’économie sociale, les participants aux formations ont visité la coopérative « Vin de Liège », une entreprise citoyenne liégeoise clairement actrice de la transition juste et durable.  Elle travaille en agriculture biologique et est active dans l’insertion professionnelle. 

Bienvenue au Gel

Rejoignez le groupe environnement de la CSC liégeoise

Envie de faire de la transition durable un terrain d’action syndicale ? Rejoignez le GEL, groupe environnement Liège. Ce comité de la CSC Liège Huy Waremme réunit des militants et délégués sensibles aux questions énergétiques, de mobilité, de gestion des déchets, d’éco-consommation, de risques liés aux ondes électromagnétiques, de nouvelles formes d’économie… 
Le GEL, qui se réunit en moyenne une fois par mois, enrichit son travail en invitant des experts, en participant à divers événements, en visitant des lieux liés aux thématiques étudiées, en rencontrant des délégations syndicales, en organisant des conférences-débats, etc.
Pour en savoir plus sur le GEL, envoyez un mail à Sophie Reginster (Sophie.reginster@acv-csc.be) ou appelez le secrétariat PPI 04/340.72.16.
Parallèlement, la cellule RISE propose des modules de formation de 4 jours liés à ces thématiques à Liège (e.diaz@acv-csc.be) et à Bouge (rise@acv-csc.be). Infos : www.rise.be